Abus 1070 Répartiteurs de frais de chauffage : comment on peut tordre le cou à la réalité ?

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Abus
19/06/2007
ARC Abus n°1070: 19 06 07

Abus 1070 Répartiteurs de frais de chauffage :

comment on peut tordre le cou à la réalité ?

 

I-                   La forte efficacité des répartiteurs soi-disant attestée par une étude du Syndicat de la Mesure

  • Attention : une étude commanditée par le syndicat professionnel des fabricants et poseurs de répartiteurs vient d’être présentée à la Presse sous le parrainage de l’ADEME.
  • Or, cette étude - dont les conclusions sont reprises ici et là dans la Presse sans recul - présente des graves défauts qui nous permettent d’affirmer que les résultats ne peuvent pas être considérés comme recevables (comme on le voit nous essayons de rester polis…).
  • Nous avons d’ores et déjà saisi l’ADEME en pointant du doigt les graves anomalies de cette étude et expliquer pourquoi les chiffres et conclusions qu’elle avance sont non seulement contestables mais FAUX.
  • Ce qui est grave est ceci : les commanditaires de cette étude (il y a 20 millions de répartiteurs à installer potentiellement) utilisent déjà celle-ci pour véhiculer deux idées fausses :
1-     En copropriété les répartiteurs permettraient de faire 30 % d’économies.
2-     Ces 30 % représentent 3 euros du mètre carré.
 Nous allons donc montrer comment on peut faire dire aux statistiques et études ce qu’elles ne disent pas, même quand elles disent exactement le contraire. Ceci uniquement pour arriver à vendre 30 millions de répartiteurs en faisant croire aux usagers qu’ils font une affaire. Suivez le guide.
 

II-                Retour sur le principe du « répartiteur »

  • Sur le principe, tout le monde ne peut n'être que favorable aux répartiteurs quand il y a chauffage collectif.
  • En effet, le répartiteur est un boîtier qui (pour dire vite) compte les calories émises par les radiateurs en cours de saison ainsi, en fin de saison, une part des frais de chauffage sera répartie entre les occupants en fonction des résultats obtenus dans chaque appartement :
    • si vous avez beaucoup chauffé (laissé grands ouverts vos radiateurs) vous paierez beaucoup ;
    • si vous avez peu chauffé, vous paierez moins.
Dans la réalité, c’est beaucoup moins simple :
  • certains (dont les logements sont bien situés dans l’immeuble) vont pouvoir ne plus se chauffer du tout ;
  • d’autres, au contraire, dont le logement est très mal situé, vont être obligés de se chauffer encore plus (surtout si les voisins ne se chauffent plus).
  • Par ailleurs, pour que le système fonctionne bien, il faut que les installations (robinets de radiateurs) soient en parfait état.
  • Enfin, beaucoup se sont aperçus qu’après une ou deux années d’utilisation, les occupants devenaient moins « économes », ce qui fait que les consommations remontaient. Etant donné le coût des répartiteurs (environ 40 euros par an et par logement), l’opération s’avère souvent plutôt coûteuse.

III-                L’offensive du Syndicat de la Mesure

  • Un autre handicap du système tenait à la technologie du répartiteur : jusqu’à présent il s’agissait « d’évaporateurs » un peu archaïques, pas toujours fiables et source de contestation.
  • Depuis peu des répartiteurs électroniques beaucoup plus fiables ont été mis sur le marché.
  • Constatant que sur 5 millions de logement « équipables » seulement 500 000 étaient effectivement équipés, le Syndicat de la Mesure (qui regroupe les fabricants de répartiteurs et les sociétés de services qui font le relevé des consommations) vient de lancer une offensive.
Les enjeux sont considérables.
  • 4,5 millions de logements font 20 à 30 millions de répartiteurs. À 10 euros la location-relevé du répartiteur, cela fait un marché annuel reconductible de 300 millions d’euros.
  • Pour prouver l’intérêt des répartiteurs, le Syndicat de la Mesure a donc fait faire une étude. Cette étude conclut :
a)     que l’économie « moyenne » générée par les répartiteurs serait de 20 % et de 30 % en copropriété ;
b)     que l’économie en copropriété serait de 3 euros du mètre carré par an.
  • Le Syndicat de la Mesure a fait parrainer cette étude par l’ADEME qui apporte ainsi sa caution morale et scientifique à ces résultats.
  • Les médias reprennent ces chiffres et le tour est joué : des milliers de copropriétés et des millions de logements vont passer des contrats très rémunérateurs de cinq à dix ans pour obtenir facilement ces économies.
Or, l’analyse fine de la fameuse étude non seulement ne corrobore pas ces chiffres mirifiques, mais laisse entrevoir une véritable supercherie doublée d’une opération d’intoxication, comme nous allons le montrer.
 

IV-            D’où sortent-ils les chiffres avancés ?

  • Comment l’étude peut-elle conclure à une économie de 3 euros du mètre carré engendrée par les répartiteurs ? Suivez le guide.
  • Les auteurs de l’étude ont comparé deux échantillons :
    • un issu d’une étude de l’INSEE concernant 1 299 logements sans répartiteur ;
    • un issu des sociétés qui posent et relèvent les répartiteurs et concernant 2 901 logements.
  • Selon les auteurs de l’étude dans le premier groupe de logements, le prix du chauffage par mètre carré s’élèverait à 8,99 euros, et dans le deuxième groupe à 6,04 euros.
  • Différence : 3 euros.
  • Or l’étude conclut sans aucune justification, ni preuve que cette différence est liée au seul comptage, ce qui est une aberration scientifique totale. Il est évident que cette différence ne pourrait être attribuée au comptage que si les deux échantillons étaient strictement comparables en termes de performance énergétique. Or non seulement cela n’est pas établi, mais c’est tout à fait impossible. Dès lors attribuer cette différence au comptage représente un ABUS inadmissible (nous avions écrit : « Une escroquerie »…).
Mais il y a encore pire.
  • Car l’étude repose sur un test grandeur nature concernant cinq immeubles qui ont été équipés de répartiteurs en 2005 et ont fait l’objet d’une observation.
  • Or, ce test non seulement ne démontre pas qu’il y a une économie moyenne de 20 % liée aux répartiteurs, mais démontre le contraire, ce qui est occulté par les auteurs. 
Voyons cela.

 

V-               Une étude qui - en fait - dit le contraire de ce qu’on veut lui faire dire

  • Cinq immeubles ont, en effet, été pris au hasard par les auteurs de l’étude pour servir de test : trois immeubles HLM, deux copropriétés. Dans ces immeubles ont donc été posés des répartiteurs, à la suite de quoi les auteurs de l’étude ont observé les résultats.
Or, sur ces cinq immeubles :
 
1-     Deux immeubles ont obtenu des résultats tellement « aberrants », selon les auteurs de l’étude, que leurs résultats n’ont pas été présentés publiquement (alors qu’il y a eu - en fait - des consommations supérieures, après la pose des répartiteurs, à celles qui étaient constatées… avant la pose des répartiteurs d’après l’étude exhaustive que nous nous sommes procurée) et ont été écartés.
2-     Un immeuble (copropriété dite « Paris 1 ») présente des consommations par DJU AVANT la pose des répartiteurs qui sont, à l’évidence, NON-CONFORMES à la réalité (le nombre de DJU est manifestement falsifié), ce qui fausse les résultats.
3-     Un autre immeuble permet de constater - au bout d’un seul semestre - un retour aux consommations antérieures, ce qui signifie que l’économie liée aux « répartiteurs » est nulle.
4-     Enfin, un seul immeuble - HLM de Pantin - permet de constater une économie de 20 %.
Conclusion :
  • 40 % de l’échantillon montrent une consommation supérieure APRÈS  la pose des répartiteurs, résultats contraires aux attentes des commanditaires de l’étude, donc jugés aberrants et donc écartés par les auteurs de l’étude !
  • 20 % de l’échantillon s’appuient sur des chiffres manifestement FAUX, et même falsifiés !
  • 20 % de l’échantillon montrent l’inefficacité des répartiteurs ;
  • 20 % de l’échantillon - seulement - sont conformes à l’attente des commanditaires de cette étude !
Dans ces conditions est-il vraiment scientifiquement et moralement correct de conclure à une économie moyenne générale de l’ordre de 20 % ? Pourquoi faire des études, si c’est pour en occulter les résultats qui déplaisent  et inverser radicalement le sens de la démonstration ?
 

VI-            Pourquoi l’ADEME cautionne-t-elle cette opération ?

  • L’ADEME n’a certainement pas lu avec attention l’étude en question. Ou alors c’est grave.
  • Nous pensons que l’ADEME a été très impressionnée par les conclusions de l’étude et ses perspectives et n’a pas imaginé qu’il pouvait y avoir eu manipulation des chiffres ou utilisation non conforme de ceux-ci.
  • Nous espérons néanmoins, que cet organisme aura à cœur de corriger son point de vue ainsi que les chiffres et de le faire savoir.

VII-          Que valent VRAIMENT les répartiteurs ?

  • Naturellement l’efficacité réelle des répartiteurs n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’en dit l’étude que nous avons analysée.
  • Ceci dit, les répartiteurs peuvent avoir leur utilité et leur efficacité à condition :
1-     qu’on négocie un contrat BON marché ( 5 euros du répartiteur et non 7 ou 10 euros) ;
2-     qu’on évite de poser des répartiteurs dans des immeubles qui :
 
a)     sont des « passoires à calories » ;
b)     présentent des distorsions très fortes entre logements.
 
  • Nous vous invitons, pour savoir quoi faire et quoi NE PAS FAIRE, à lire notre article : « Les répartiteurs de frais de chauffage : que faut-il en penser ? ».