ABUS DE LA SEMAINE N° 4529 : Une étude fort intéressante de L’Argus de l’assurance sur les courtiers en assurance, filiales des syndics

02/07/2019 Abus

Nous avons déjà expliqué pourquoi il n’était pas judicieux pour une copropriété de faire appel à une filiale de syndic courtier en assurance qui a pour but de négocier les contrats que ce soit en matière de multirisques, de protection juridique ou de dommages-ouvrages.

Un classement réalisé par la revue L’Argus de l’assurance confirme notre analyse.

Nous allons reprendre les difficultés que cela entraîne pour les copropriétés, puis allons mettre en exergue ce que révèle l’enquête réalisée par L’Argus de l’assurance.

I. Un syndic en conflit d’intérêt permanent

La principale difficulté de faire appel à une société filiale de syndic et d’autant plus lorsque celui-ci est courtier en assurance est le conflit d’intérêt permanent.

En effet, pour être apprécié par les compagnies d’assurances, le courtier doit présenter des statistiques sinistres positives des copropriétés qu’il a dans son portefeuille.

Lorsque celui-ci est une filiale du syndic, ce dernier est alors tenté de ne pas déclarer les sinistres survenus dans ses copropriétés mandantes afin de ne pas mettre en porte-à-faux sa filiale.

D’autres syndics traînent volontairement la gestion du dossier « sinistres », permettant de reporter l’indemnisation sur les exercices comptables suivants afin de lisser les statistiques.

Plus que cela, pour brouiller les pistes, bien souvent il existe un manque total de transparence dans le remboursement du sinistre avec la délivrance d’un chèque global qui est libellé au nom du syndic amalgamant les frais liés aux réparations à ceux des honoraires du syndic.

En parallèle, certains syndics résilient de leur propre chef les contrats d’assurance pour placer celui de leur courtier filiale alors que l’article 18 de la loi du 10 juillet 1965 impose spécifiquement que le contrat d’assurance soit voté en assemblée générale.

Cette disposition s’explique par le fait que les législateurs ont compris qu’avec la création de ces filiales de syndics, notamment en matière d’assurance, il était impératif de prévoir un garde-fou.

Malgré cela, de nombreux syndics ne respectent pas cette obligation légale du fait qu’ils préfèrent défendre leurs intérêts financiers, faisant passer la loi au rang de recommandation.

Voyons à présent le classement fort intéressant et surtout instructif réalisé par la revue L’Argus de l’assurance concernant les courtiers.

II. 2 900 000 euros pour six salariés

L’Argus de l’assurance a publié sur sa revue de juin 2019 un tableau faisant ressortir par courtier le chiffre d’affaires de 2017 et 2018, ainsi que le nombre de salariés embauchés, afin de déterminer le chiffre d’affaire par salarié.

On retrouve tout d’abord les courtiers d’assurance référencés par la Coopérative technique de l’ARC comme AIAC ou le cabinet P. Plasse & Cie qui présente les informations suivante :

Compagnie

Chiffre d’affaire 2018

Effectif

Chiffre d’affaire réalisé par salariés

AIAC

6 170 000 €

37

166 757 €

P. Plasse & Cie

5 655 000 €

35

161 571 €

En parallèle, nous avons les courtiers d’assurance, filiales de syndics. Attention, le ratio par salarié n’est pas le même !

Compagnie

Syndic

Chiffre d’affaire 2018

Effectif

Chiffre d’affaire par salariés

Assurimo

Foncia

22 940 000 €

83

276 386 €

Saint-Pierre Assurances

Citya

9 300 000 €

35

265 714 €

Loiselet et Daigremont

Loiselet et Daigremont

2 900 000 €

6

483 333 €

Que constatons-nous ? Alors que les courtiers d’assurance professionnels produisent un chiffre d’affaire par salarié entre 161 000 et 166 000 euros, les courtiers d’assurance, filiales de syndic, tournent entre 276 000 et 483 000 euros par salarié, soit pour certaines compagnies, plus du double que les courtiers « standards ».

 

P. Plasse & Cie

AIAC

Saint-Pierre Assurances

Assurimo

Loiselet et Daigremont

Chiffre d’affaires par salariés

161 571 €

166 757€

265 714 €

276 386 €

483 333 €

Comment expliquer cette productivité qui frise l’insolence ?

Selon nous, la raison est que le gestionnaire de copropriété, qui bien souvent a plus de 60 immeubles à administrer, assure également les démarches commerciales et le suivi du dossier « sinistres » qui normalement auraient dû être à la charge d’un employé embauché par le cabinet de courtage.

On comprend alors mieux pourquoi les gestionnaires affirment ne pas avoir suffisamment de temps pour gérer les copropriétés…

Nous allons saisir l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) pour qu’elle mette son nez sur ce ratio chiffre d’affaires/salariés fort instructif…

Entre temps, nous invitons les conseillers syndicaux qui, de gré ou de force, ont fait appel à un courtier d’assurance, filiale de syndic, à interroger leur gestionnaire sur ces chiffres spectaculaires.

 

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