Pendant que les professionnels de l’immobilier sont décorés à tour de rôle par la médaille de légion d’honneur, les syndicats de copropriétaires rencontrent de plus en plus de difficulté que ce soit en matière d’augmentation des charges, de financement de travaux ou bien dans la collaboration avec leur syndic.
Les conséquences sont extrêmement graves avec une augmentation des copropriétés en difficulté due non seulement à des textes législatifs et réglementaires déséquilibrés qui sont à l’avantage des professionnels, mais plus grave ils sont lacunaires.
C’est dans ce contexte que nous avons demandé en urgence une réunion de travail avec le ministre de la Ville et du logement afin d’évoquer avec lui la gravité de la situation et les mesures fortes qu’il est nécessaire de prendre pour traiter efficacement la situation.
Cette réunion est avant tout pour l’ARC Nationale un test afin de vérifier si l’actuel ministre du Logement est suffisamment autonome et indépendant pour prendre des mesures conformes à l’intérêt des copropriétés.
« Paris, le 2 mars 2026
Objet : sollicitation pour une réunion de travail
Monsieur le Ministre,
En tant que directeur général de la principale association représentative des intérêts des syndicats de copropriétaires comptant plus de 18 000 copropriétés adhérentes, je me permets de vous solliciter pour convenir avec vous d’une réunion de travail.
En effet, nous sommes régulièrement saisis par des conseillers syndicaux et copropriétaires adhérents sur diverses difficultés qu’ils rencontrent au sein de leur copropriété.
Nombreuses d’entre elles présentent une augmentation inquiétante des impayés de charges qui paralysent la gestion courante mais également le financement des travaux de rénovation y compris énergétique.
Cette situation doit nous alerter nécessitant d’identifier au préalable les causes de ce phénomène.
Selon notre analyse, les textes législatifs et réglementaires publiés récemment concernant la gestion des copropriétés présentent de graves lacunes, voire sont déséquilibrés à l’avantage des professionnels.
À titre d’exemple, le dernier décret numéro 2025-1292 qui date du 22 décembre 2025 présente des oublis voire des incohérences qui pénalisent aussi bien les copropriétaires que les syndicats de copropriétaires.
À cela s’ajoute le verrouillage numérique des assemblées générales mis en place par les syndics professionnels qui ne permet plus de garantir une traçabilité des résolutions votées notamment lors d’une mise en concurrence des contrats de syndic.
Cette insuffisance des textes entraîne une démobilisation des copropriétaires qui se désintéressent de plus en plus des questions portées à l’ordre du jour ne permettant pas de valider les travaux de rénovation y compris énergétique à des majorités qualifiées.
Le constat est que de plus en plus de copropriétés votent des travaux de rénovation énergétique avec des majorités par défaut sans disposer de la trésorerie nécessaire, les faisant basculer assurément en fragilité.
Pour faire face à cette situation, des solutions existent notamment en intégrant la notion d’amortissement du bâti et des équipements collectifs qui consisterait à financer chaque année le coût de leur vieillissement.
Par ailleurs, il faudrait imposer une politique de maîtrise des charges qui serait destinée en priorité à financer les travaux d’entretien.
En effet, selon notre observatoire des charges, sur l’année 2024, on relève une augmentation des dépenses courantes de copropriété de presque 6 % alors que le taux d’inflation sur cette même période était de 2,3 %.
Enfin, il est nécessaire d’être beaucoup plus rigoureux sur la gestion comptable et financière des copropriétés afin de garantir qu’aucune « somme dormante » stagne dans les comptes, ce qui permettrait entre autres de réduire les impayés de charges.
À cela, il me semble inévitable d’aborder la perte de confiance des copropriétaires et des conseillers syndicaux vis-à-vis de leur syndic, compte tenu des différents conflits d’intérêts identifiés.
Pour finir, on peut y ajouter les rachats par les grands groupes des petits et moyens cabinets qui se font à l’insu des copropriétaires, se retrouvant du jour au lendemain gérés par des grandes enseignes qu’ils n’ont pas désignées.
C’est dans ce contexte qu’il nous paraît indispensable d’évoquer avec vous plusieurs pistes de réflexion dans le but d’améliorer le fonctionnement des copropriétés dans le cadre d’une réunion de travail.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Emile HAGEGE
Directeur Général »