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Lorsque les pouvoirs publics reconnaissent à « trois quarts » de mots les limites des répartiteurs de frais de chaleur

L’ARC a publié plusieurs articles et engagé des actions judiciaires pour annuler l’obligation d’installation de répartiteurs de frais de chaleur sur chaque radiateur des pièces d’un logement.

Soyons clairs, il ne s’agit pas d’être opposé à l’individualisation des frais de chaleur mais bien contre un dispositif technique qui présente des failles et donc des risques avérés d’injustice sociale et de contentieux.

Malgré cette évidence des limites des répartiteurs des frais de chaleur, les pouvoirs publics restent arque boutés pour imposer aux copropriétaires l’installation de ce gadget.

Néanmoins, l’ARC ne cède pas malgré la mise en demeure envoyée par l’ancienne Ministre du logement pour nous inciter à faire la politique de l’autruche en défendant un dispositif dont on sait pertinemment qu’il plantera les copropriétés.

Ainsi, l’ARC reste droite dans ses bottes en continuant notre communication non pas contre l’individualisation des frais de chauffage mais contre les répartiteurs de frais chaleur. Nous ne succomberons pas ni aux lobbies ni à la démagogie surtout lorsque l’on prend l’écologie en otage

D’ailleurs, à la suite d’une question parlementaire, les pouvoirs publics ont été contraints d’affirmer à « trois quarts » de mots que les répartiteurs de frais chaleur présentaient des limites techniques et de justice sociale.

Voyons donc la question posée par un parlementaire au gouvernement et la réponse.

I – Un aveu des limites du répartiteur de frais de chaleur

Dans un premier temps, nous allons présenter la question parlementaire sur les modalités de répartition des frais de chaleur suite à l’installation de répartiteurs de frais de chaleur pour, dans un second temps, présenter la réponse très instructive du gouvernement.

Voici donc la question :

M. Ian Boucard attire l’attention de M. le ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement concernant la répartition des frais de chauffage collectif. En effet, selon l’article R. 174-10 du code de la construction et de l’habitation, les frais communs de combustible ou d’énergie sont obtenus en multipliant le total des dépenses de combustible ou d’énergie par un coefficient égal à 0,30. Le total des frais individuels s’obtient quant à lui par la différence entre le total des frais de combustible ou d’énergie et les frais communs. En l’espèce, il y a donc une part collective forfaitaire qui représente 30 % de la facture totale et une part individuelle qui représente quant à elle 70 % de la facture totale répartie selon les relevés réalisés par les appareils de comptage individuel. Une clef de répartition supplémentaire peut être prévue afin de prendre en considération les situations thermiquement défavorables. Cependant, aucune disposition n’est actuellement en vigueur pour que les copropriétés puissent moduler la répartition des frais de chauffage entre la part collective et individuelle. En cette période de flambée des prix de l’énergie, il serait pourtant opportun de laisser à la discrétion des copropriétés la possibilité de diminuer la part collective, afin de favoriser les copropriétaires qui souhaitent réaliser des économies d’énergie. De ce fait, ils pourraient à titre d’exemple décider de mettre en place une répartition des frais de chauffage avec une part collective forfaitaire qui représente 20 % et une part individuelle qui représente 80 %. Cette possibilité propose davantage d’équité, puisque chaque copropriétaire paiera selon une consommation plus réelle de son chauffage personnel. Cela incite donc à adopter des pratiques vertueuses, comme régler la température de son logement au plus près de ses besoins ou fermer les robinets des radiateurs d’une pièce inoccupée. Cela sera donc également une réponse positive face aux enjeux climatiques, car elle responsabilisera davantage les copropriétaires contre le gaspillage d’énergie. La meilleure énergie est en effet celle que l’on ne consomme pas. C’est pourquoi il lui demande si le Gouvernement entend modifier la réglementation actuellement en vigueur afin de permettre aux copropriétés qui le souhaitent de diminuer la part collective des frais de chauffage dans un soucis d’économie d’énergie, bénéfique aussi bien à l’environnement qu’au pouvoir d’achat des Français.

Et voici la réponse :

Les articles L174-2, R174-2 et R174-3 du code de la construction et de l’habitation précisent que tout immeuble collectif à usage d’habitation pourvu d’une installation centrale de chauffage doit comporter des compteurs individuels d’énergie thermique permettant de déterminer la quantité de chaleur fournie par chaque logement, sauf s’il est concerné par l’une des dérogations suivantes : s’il s’agit d’un logement foyer, si le propriétaire de l’immeuble ou le syndicat des copropriétaires, représenté par le syndic, justifie qu’il est techniquement impossible d’installer des compteurs individuels pour mesurer la chaleur consommée par chaque logement, ou si leur installation entraîne un coût excessif au regard des économies d’énergie susceptibles d’être réalisées, lorsque la valeur de consommation en chauffage de l’immeuble est inférieure à 80 kWh par m² par an. Dans les cas de dérogations mentionnés ci-dessus, l’article R174-4 précise que des répartiteurs de frais de chauffage sont installés en lieu et place des compteurs individuels d’énergie thermique afin de mesurer la consommation de chaleur à chaque radiateur, sauf impossibilité technique ou installation au coût excessif justifié par une note. Par ailleurs, l’article R174-10 rappelle que dans les immeubles équipés, la facturation des frais de combustible et de chauffage est individuelle et contient deux types de frais : une partie de frais individuels représentant 70 % de la facture totale répartie selon les relevés réalisés par les appareils de comptage individuel ; une partie de frais communs de combustibles représentant 30 % de la facture totale répartis selon les tantièmes de chaque copropriétaire. Les autres frais communs de chauffage (entretien et maintenance, consommation électrique de l’installation…) sont répartis en fonction des règles applicables dans l’immeuble. Il convient de rappeler que le paiement d’une part de frais de combustible en commun (30 % de la facture) répond à un objectif d’équité permettant d’atténuer les différences de situations thermiques entre les logements de l’immeuble. En effet, certains logements de l’immeuble peuvent se trouver en situation thermique défavorable par rapport aux autres (dernier étage sans isolation des combles, fenêtres toutes au nord, situées au-dessus d’un parking…) et payer une facture énergétique bien supérieure aux autres logements de situation favorable (plein sud, ni en pignon, ni en rez-de-chaussée), alors même que l’usage énergétique y est équivalent (température de chauffage à 19°C). Ainsi, il ne paraît pas équitable de faire porter le coût de ces situations défavorables uniquement sur les mêmes logements via une individualisation renforcée, pour un usage énergétique identique. Le paiement d’une part de frais de combustible en commun permet alors de rétablir une forme d’équité entre les logements de situation thermique différente du fait de leurs dispositions. Un benchmark réalisé en 2018 montrait que cette part fixe était souvent comprise entre 30% et 50% parmi les pays de l’Union européenne. En complément, l’article R174-10 du code de la construction et de l’habitation permet d’intégrer des coefficients de correction aux relevés individuels de chauffage, pour tenir compte des situations thermiques particulièrement défavorables de certains logements. Par exemple, il peut être retiré 25 % des consommations relevées pour les logements situés sous toiture si celle-ci n’est pas isolée, réparties ensuite sur l’ensemble des relevés individuels des autres logements. Ces coefficients de répartition sont déterminés le cas échéant par le règlement de la copropriété. Enfin, il convient de rappeler que si l’individualisation des frais de chauffage est un premier pas pour faire des économies d’énergie, cette mesure ne peut être efficace que si le système de chauffage collectif est bien réglé et entretenu. Il faut que les occupants puissent également moduler le chauffage en fonction de la température intérieure, de l’occupation des pièces (chambres vides en journées…), de leur absence temporaire ou prolongée… C’est pourquoi l’article R174-5 du code de la construction et de l’habitation impose également la présence et le bon fonctionnement d’appareils de régulation tels que des robinets thermostatiques.

II – Quoi déduire ?

La réponse des pouvoirs publics est effectivement très instructive. Et pour cause, ils affirment que même si la copropriété valide le principe de l’individualisation des frais de chaleur avec l’installation de répartiteurs, 30 % des consommations seront toujours réparties au tantième de chauffage.

La copropriété ne pourra pas réduire ce taux, du fait que le système ne permet pas de garantir une équité parfaite (à la différence de l’individualisation des frais d’eau), impliquant que pour gommer les imperfections, 30 % des consommations sont réparties au tantième.

Ainsi, les pouvoirs publics reconnaissent que ce système présente des limites et pour le compenser, détermine, de manière arbitraire, que le premier poste de charges sera réparti à 30 % en tantièmes, et 70 % en fonction des consommations dites réelles.

Mais plus encore, les pouvoirs publics affirment et confirment que l’installation des répartiteurs de frais de chaleur n’a pas grand intérêt si, en amont, le système de chauffage collectif n’est pas bien réglé et entretenu.

Là aussi, ils reconnaissent que le succès de la baisse des consommations de chauffage n’est pas l’installation de répartiteurs de frais de chaleur mais bien dû à l’entretien et à la régulation du réseau de chauffage qui commence par réaliser un désembouage.

A cela, il faut bien sûr installer des robinets thermostatiques car si l’occupant ne peut pas réguler la chauffe du radiateur, il sera alors dans l’impossibilité de réduire ses consommations de chauffage.

Merci cher gouvernement pour votre premier pas vers la vérité.

Le second sera de revenir sur cette obligation qui si sur le papier elle peut être séduisante, s’avère être dans les faits contreproductive s’il s’agit d’installer des répartiteurs de frais de chaleur.

L’auteur de l’article

A travers les articles publiés, l’ARC Nationale a à cœur de diffuser des informations les plus pertinentes en matière de copropriété en précisant les réglementations en vigueur et nos préconisations pour permettre au conseil syndical, syndic bénévole et représentant d’asl-aful d’être le plus efficace dans leurs fonctions.

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